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Migraine : soulager la crise vite, puis en réduire le nombre

Migraine : soulager la crise vite, puis en réduire le nombre

Pris dès les premières minutes de douleur, un traitement de crise de migraine soulage bien mieux : anti-inflammatoire pour une migraine d'intensité légère, triptan, médicament spécifique de la crise migraineuse, pour une migraine sévère. Si les crises de migraine reviennent plusieurs jours par mois, le médecin ou le neurologue ajoute un traitement de fond de la migraine.

Migraine légère à modérée
Anti-inflammatoire non stéroïdien (naproxène, kétoprofène) ou aspirine, médicament de la crise utilisé tôt, selon le conseil du médecin ou du pharmacien.
Migraine modérée à sévère, ou échec des anti-inflammatoires
Triptan, traitement spécifique de la migraine aiguë, sur ordonnance, dès que la douleur commence.
Migraines fréquentes ou invalidantes
Traitement préventif (propranolol, amitriptyline, topiramate, anticorps anti-CGRP selon les critères du neurologue).
Signal d'alerte
Plus de huit jours de médicaments sur quatre semaines : risque de céphalée par abus médicamenteux, à signaler. Un mal de tête brutal ou inhabituel relève de l'urgence.

Reconnaître une crise de migraine avant de la traiter

La migraine est une maladie neurologique chronique, et non un simple mal de tête un peu plus fort que les autres. Elle touche environ 12 % de la population mondiale, avec trois femmes atteintes pour un homme. Une crise de migraine typique associe une douleur de tête souvent d'un seul côté, pulsatile (elle « bat » comme le pouls), d'intensité modérée à sévère, aggravée par l'effort physique ou la simple montée d'un escalier. Elle s'accompagne de nausées, parfois de vomissements, et d'une gêne marquée à la lumière et au bruit. Sans traitement, la crise dure de 4 à 72 heures.

Chez environ un migraineux sur quatre, des symptômes neurologiques transitoires précèdent la douleur : c'est l'aura. Elle prend le plus souvent la forme de troubles visuels (points lumineux, zigzags scintillants, tache aveugle qui s'étend), plus rarement de fourmillements d'une main qui remontent vers le visage ou de difficulté à trouver ses mots. L'aura s'installe progressivement, dure en général moins d'une heure et disparaît complètement.

Cette distinction compte pour le traitement : la céphalée de tension, l'autre grand type de maux de tête, donne une douleur en étau des deux côtés, sans nausées, qui ne s'aggrave pas à l'effort. Elle répond aux antalgiques simples et n'a pas d'indication pour un triptan. Le diagnostic de migraine repose sur l'interrogatoire du médecin : aucun examen sanguin ni d'imagerie ne la prouve, et l'imagerie n'est demandée que si un symptôme sort du tableau habituel. Avant de choisir un médicament, il faut donc avoir posé ce diagnostic une première fois avec un professionnel de santé, puis apprendre à reconnaître ses propres premiers signes de crise.

Pourquoi le moment de la prise change tout

Le principal levier du traitement de la crise de migraine est le temps. Dans les premières dizaines de minutes, la douleur reste localisée et l'estomac fonctionne encore normalement. Au fil des heures, deux phénomènes réduisent l'efficacité des comprimés. D'abord, la vidange gastrique ralentit pendant la crise : le médicament stagne dans l'estomac et passe plus lentement dans le sang, ce qui explique qu'un comprimé avalé tard semble « ne rien faire ». Ensuite, une sensibilisation du système nerveux s'installe : le cuir chevelu devient douloureux au simple contact d'un peigne ou d'une branche de lunettes. Une fois cette allodynie présente, les triptans perdent une partie de leur efficacité.

La recommandation pratique, reprise par les sociétés savantes, est donc de traiter tôt : prendre le médicament dès le début de la douleur migraineuse, quand elle est encore légère, plutôt que d'attendre de voir si elle « va passer ». Attendre pour économiser un comprimé est un mauvais calcul, sauf chez les personnes qui frôlent déjà le seuil d'abus médicamenteux (voir plus bas).

Deux nuances. Pour une migraine avec aura, le triptan se prend au début de la douleur et non pendant l'aura elle-même, où il n'a pas montré de bénéfice. Et il faut avoir le traitement sur soi : un comprimé resté à la maison ne sert à rien à 10 heures du matin au bureau. Les formes orodispersibles (qui fondent sur la langue sans eau) et les sprays nasaux facilitent cette prise immédiate, quelle que soit la situation.

Les traitements non spécifiques de la crise : aspirine et anti-inflammatoires

Les traitements dits non spécifiques ne visent pas un mécanisme propre à la migraine : ils agissent sur la douleur et l'inflammation en général. Ils restent le premier choix pour une crise d'intensité légère à modérée, et le Vidal comme l'Assurance maladie les placent en première ligne.

  • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : ibuprofène, kétoprofène, naproxène, diclofénac. Ils sont efficaces à condition d'être pris à dose suffisante dès le début de la crise. Une demi-dose « pour voir » est l'erreur la plus fréquente.
  • L'aspirine (acide acétylsalicylique), seule ou associée à un antiémétique : elle a fait ses preuves dans la migraine de l'adulte.
  • Le paracétamol : moins efficace que les AINS sur une vraie crise migraineuse, il garde une place quand les anti-inflammatoires sont contre-indiqués, notamment pendant la grossesse.

Les antiémétiques (métoclopramide notamment) sont souvent associés au traitement : ils réduisent les nausées et accélèrent la vidange de l'estomac, ce qui améliore l'absorption de l'antalgique. Le médecin peut prescrire l'association quand les nausées dominent.

Ces médicaments ont leurs propres effets indésirables. Les AINS exposent à des douleurs d'estomac, à l'ulcère, à une atteinte rénale en cas de déshydratation, et ils sont contre-indiqués à partir du sixième mois de grossesse. L'aspirine augmente le risque de saignement. Les associations contenant de la codéine ou un autre opioïde sont à éviter dans la migraine : elles soulagent mal, entretiennent les nausées et favorisent fortement l'abus médicamenteux. Le même principe vaut pour les associations avec caféine prises trop souvent.

Si une crise sur deux n'est pas soulagée en deux heures par un anti-inflammatoire bien pris, il ne sert à rien d'augmenter la dose seul : c'est le signe qu'il faut passer à un traitement spécifique.

Les triptans, traitement spécifique de la crise migraineuse

Les triptans ont été mis au point pour la migraine. Ils agissent sur des récepteurs de la sérotonine (5-HT1B/1D) situés sur les vaisseaux et les terminaisons nerveuses de la méninge : ils réduisent la libération de substances inflammatoires, dont le CGRP, et la dilatation des vaisseaux impliqués dans la douleur. Ils ne soulagent que la migraine, pas les autres maux de tête : un triptan efficace sur une céphalée est d'ailleurs un argument en faveur du diagnostic.

Sept triptans sont commercialisés en France : sumatriptan, zolmitriptan, naratriptan, rizatriptan, almotriptan, élétriptan et frovatriptan. Ils sont disponibles uniquement sur prescription. Leur efficacité varie d'une personne à l'autre davantage que d'une molécule à l'autre : un patient qui ne répond pas à un triptan peut très bien répondre à un autre, et les recommandations conseillent d'en essayer au moins deux ou trois, sur plusieurs crises chacun, avant de conclure à un échec de la classe.

Formes disponibles : comprimé, spray nasal, injection

Le comprimé classique convient à la majorité des crises prises tôt. Le comprimé orodispersible se prend sans eau, pratique en déplacement, mais n'agit pas plus vite : il est absorbé par l'estomac comme le comprimé ordinaire. Quand les vomissements empêchent toute prise orale ou que la crise atteint son maximum en quelques minutes, le sumatriptan nasal (spray) ou le sumatriptan injectable en sous-cutané, que le patient apprend à s'administrer lui-même, offrent une action nettement plus rapide. Le zolmitriptan existe aussi en spray nasal.

Règles de prise et récidive de la crise

Un triptan se prend dès le début de la douleur. S'il n'a aucun effet sur une crise, il est inutile d'en reprendre une seconde dose pour la même crise : le médecin proposera une autre molécule la fois suivante. En revanche, chez environ un tiers des patients, la douleur revient quelques heures après avoir été soulagée, souvent le lendemain matin : c'est la récidive. Une seconde prise est alors possible, en respectant le délai minimal entre deux prises et le nombre maximal par 24 heures indiqués sur la notice de chaque triptan. Les triptans à demi-vie longue (naratriptan, frovatriptan) exposent moins à la récidive mais agissent plus lentement. Associer un AINS au triptan, sur avis médical, réduit également ce risque.

Contre-indications et effets secondaires des triptans

Parce qu'ils resserrent légèrement certaines artères, les triptans sont contre-indiqués en cas de maladie coronarienne (infarctus, angine de poitrine), d'antécédent d'accident vasculaire cérébral ou d'accident ischémique transitoire, d'artériopathie des membres inférieurs et d'hypertension artérielle non contrôlée. Une tension artérielle mal équilibrée doit donc être traitée avant d'en prescrire. Le médecin évalue le risque cardiovasculaire global (tabac, âge, diabète, cholestérol) avant la première prescription. Les triptans ne s'associent pas aux dérivés de l'ergot de seigle.

Les effets secondaires sont fréquents mais le plus souvent brefs : sensation de lourdeur ou de serrement dans la poitrine, la gorge ou les membres, fourmillements, bouffées de chaleur, somnolence, vertiges. Ils sont impressionnants la première fois mais sans gravité dans l'immense majorité des cas. Une douleur thoracique intense ou qui persiste impose en revanche d'appeler le 15.

Comparer les médicaments de la crise migraineuse aiguë

FamillePour quelle criseDélivrancePrincipales précautions
Anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène, naproxène)Légère à modérée, en première intentionCertaines formes sans ordonnance, d'autres sur prescriptionEstomac, reins, grossesse à partir du 6e mois, risque de saignement
AspirineLégère à modéréeSans ordonnanceSaignement, estomac, interdite chez l'enfant en cas d'infection virale
ParacétamolLégère, ou quand les AINS sont contre-indiquésSans ordonnanceFoie, dose maximale quotidienne, abus médicamenteux
Triptans (sumatriptan, élétriptan, zolmitriptan...)Modérée à sévère, ou échec des AINSSur prescription uniquementMaladie cardiovasculaire, hypertension non contrôlée, pas plus de 8 à 9 jours de prise par mois
Antiémétiques (métoclopramide)En association, crise avec nauséesSur prescriptionSomnolence, troubles neurologiques rares, durée courte

Ce tableau ne remplace pas l'avis du médecin ou du pharmacien : la dose, l'âge, les autres traitements en cours et les antécédents changent le choix d'un patient à l'autre. Il montre surtout la logique d'escalade : on adapte le médicament à l'intensité de la crise, et non l'inverse.

Ce que la recherche a changé dans la compréhension de la migraine

Longtemps, la migraine a été décrite comme une maladie des vaisseaux : la douleur aurait été due à une dilatation des artères du crâne. Cette explication, encore répandue sur internet, ne tient plus. La recherche des trente dernières années montre que la migraine est d'abord une maladie du cerveau, liée à une hyperexcitabilité des neurones, que les vaisseaux ne font que suivre. Cette information a des conséquences directes sur le choix des traitements.

Le mécanisme admis aujourd'hui fait intervenir le système trigémino-vasculaire : les fibres du nerf trijumeau qui innervent les méninges libèrent, pendant la migraine, des neuropeptides inflammatoires, dont le CGRP (calcitonin gene related peptide). Ce peptide entretient l'inflammation autour des vaisseaux et la transmission du message douloureux vers le tronc cérébral. Son taux augmente dans le sang pendant la migraine et l'injecter à un migraineux déclenche une migraine. C'est cette découverte qui a conduit au développement des anticorps anti-CGRP puis des gépants, premiers médicaments conçus spécifiquement contre la migraine plutôt que repris d'une autre maladie.

L'aura, elle, correspond à une onde de dépression corticale qui parcourt lentement la surface du cerveau, de l'arrière vers l'avant, ce qui explique la progression des troubles visuels sur une vingtaine de minutes. La migraine a également une composante génétique marquée : un migraineux a souvent un parent proche migraineux, sans qu'un seul gène soit en cause dans la forme courante de la maladie.

Pour le patient, retenir ce mécanisme aide à comprendre trois conseils recommandés par les spécialistes : traiter tôt, avant que la sensibilisation ne s'installe ; ne pas utiliser les médicaments trop souvent, car le cerveau migraineux s'adapte et abaisse son seuil de douleur ; et donner du temps au traitement de fond, qui agit sur l'excitabilité du cerveau migraineux et non sur une migraine isolée. La migraine de l'adulte reste une maladie chronique : on ne la guérit pas, mais on peut la rendre beaucoup moins présente au quotidien.

Gépants et ditans : les nouveaux traitements de la crise

Deux nouvelles classes de médicaments ont été développées pour les patients qui ne supportent pas les triptans ou chez qui ils sont contre-indiqués pour une raison cardiovasculaire.

Les gépants (rimégépant, ubrogépant, zavégépant) bloquent le récepteur du CGRP, le neuropeptide libéré pendant la crise. Ils ne resserrent pas les vaisseaux, ce qui les rend intéressants chez les personnes à risque cardiovasculaire. Le rimégépant est autorisé en Europe à la fois pour la crise et pour la prévention de la migraine épisodique. Les ditans (lasmiditan) agissent sur un autre récepteur de la sérotonine, sans effet vasoconstricteur, mais provoquent souvent somnolence et vertiges, avec une interdiction de conduire pendant plusieurs heures après la prise.

Leur disponibilité et leur prise en charge par l'Assurance maladie varient selon la molécule et évoluent : la situation se vérifie auprès du médecin ou du pharmacien au moment de la prescription, et la notice officielle reste la référence. Ils ne remplacent pas les triptans chez les patients qui les tolèrent bien, mais ils comblent un manque réel pour ceux qui n'avaient jusqu'ici que des antalgiques simples.

Céphalée par abus médicamenteux : le piège des prises trop fréquentes

Paradoxe bien connu des neurologues : les médicaments de la crise, pris trop souvent, finissent par entretenir la migraine. Au-delà d'un certain nombre de jours de prise par mois, et pendant plusieurs mois, les céphalées deviennent quasi quotidiennes : la migraine épisodique se transforme en migraine chronique, avec des maux de tête plus de 15 jours par mois.

Les seuils retenus par la classification internationale des céphalées sont les suivants : 10 jours ou plus par mois pour les triptans, les opioïdes et les associations d'antalgiques, 15 jours ou plus pour le paracétamol, l'aspirine et les AINS pris seuls, pendant plus de trois mois. Ce sont des jours de prise, pas des comprimés : une prise le lundi et deux le mardi comptent pour deux jours. En pratique, les médecins conseillent de rester sous 8 jours de prise par mois, tous médicaments de crise confondus.

Le traitement de cette situation passe par un sevrage, encadré par le médecin ou un neurologue, et par la mise en route d'un traitement de fond. Les premières semaines sont souvent difficiles, avec une recrudescence de la douleur, mais la fréquence des crises diminue ensuite chez une majorité de patients. Il vaut mieux signaler tôt une consommation qui augmente que d'attendre l'installation d'une céphalée quotidienne. Le carnet de crises décrit plus bas est le moyen le plus simple de compter ces jours.

Quand passer à un traitement de fond de la migraine ?

Le traitement de fond de la migraine se prend tous les jours (ou tous les mois pour certaines injections), y compris en l'absence de migraine, pour réduire la fréquence, la durée et l'intensité des migraines. Il ne remplace pas le traitement de la crise : les deux coexistent. Il est proposé quand les crises sont fréquentes (en pratique à partir de quatre jours de migraine par mois environ), quand elles sont longues ou sévères malgré un traitement de crise bien conduit, quand les prises de médicaments approchent le seuil d'abus, ou quand la migraine retentit fortement sur le travail, la vie familiale ou le sommeil.

L'objectif réaliste est une réduction d'au moins 50 % du nombre de jours de migraine, pas leur disparition. Un traitement de fond s'évalue après deux à trois mois à dose efficace : l'arrêter au bout de deux semaines parce que « ça ne marche pas » est une cause fréquente d'échec. Il est poursuivi en général six mois à un an, puis réduit progressivement si la migraine est contrôlée.

Les traitements de fond classiques

Plusieurs familles de médicaments, développées à l'origine pour d'autres maladies, ont montré une efficacité dans la prévention de la migraine :

  • Les bêtabloquants (propranolol, métoprolol) : souvent proposés en premier, sauf asthme, bradycardie ou certains troubles du rythme. Fatigue et mains froides sont les effets les plus signalés.
  • L'amitriptyline, un antidépresseur utilisé ici à faible dose le soir : utile quand la migraine s'associe à des troubles du sommeil ou à une céphalée de tension. Somnolence, bouche sèche et prise de poids sont possibles.
  • Le topiramate, antiépileptique : efficace, y compris dans la migraine chronique, mais avec des effets indésirables (fourmillements, troubles de la concentration, perte de poids) et des précautions strictes chez la femme en âge de procréer.
  • Le candésartan, l'oxétorone ou la flunarizine selon les profils.

Le valproate n'est plus utilisé chez la femme en âge d'avoir des enfants en raison de son risque pour l'enfant à naître. Le choix se fait en fonction des autres maladies du patient : un même médicament peut traiter deux problèmes à la fois (propranolol et hypertension, amitriptyline et insomnie), ou au contraire être exclu.

Les anticorps anti-CGRP

Les anticorps monoclonaux anti-CGRP (érénumab, frémanézumab, galcanézumab, eptinézumab) ont été les premiers traitements de fond conçus spécifiquement pour la migraine. Ils bloquent le CGRP ou son récepteur pendant plusieurs semaines. La plupart s'injectent sous la peau une fois par mois (ou une fois par trimestre pour certaines formes), à domicile, après formation. Dans les essais cliniques, environ la moitié des patients traités ont vu leur nombre de jours de migraine diminuer d'au moins 50 %. Leur tolérance est bonne : réaction au point d'injection, constipation pour certaines molécules.

Ils sont réservés aux migraines sévères, avec un nombre élevé de jours de migraine par mois, après échec ou contre-indication des traitements de fond classiques, et leur prescription initiale relève du neurologue. Les conditions de prise en charge par l'Assurance maladie ont évolué ces dernières années : elles se vérifient sur le site de l'Assurance maladie ou auprès du médecin au moment de la prescription.

La toxine botulique dans la migraine chronique

Pour la migraine chronique (céphalées plus de 15 jours par mois, dont au moins 8 jours de migraine), des injections de toxine botulique en plusieurs points du front, des tempes, de la nuque et des épaules peuvent être proposées tous les trois mois en centre spécialisé. Elles s'adressent aux patients qui n'ont pas répondu aux traitements de fond habituels.

Traitements non médicamenteux et hygiène de vie

Les médicaments ne font pas tout. Les approches non médicamenteuses ont une efficacité démontrée dans la prévention des crises de migraine, et elles se combinent avec le traitement de fond.

Pendant la crise elle-même, le repos au calme et dans l'obscurité, le froid appliqué sur le front ou la nuque et, pour certains, un court sommeil aident le médicament à agir. Ces mesures ne remplacent pas le traitement de la crise, mais elles en améliorent le résultat.

Entre les crises, plusieurs leviers réduisent la fréquence des épisodes :

  • La régularité : horaires de coucher et de lever stables, y compris le week-end, repas pris à heures fixes, hydratation suffisante. Le cerveau migraineux supporte mal les changements brusques. Les troubles du sommeil et leurs causes méritent d'être explorés quand les crises surviennent au réveil.
  • La relaxation et la gestion des émotions : relaxation, biofeedback, thérapies cognitives et comportementales ont fait leurs preuves. Les crises surviennent souvent à la décompression, le vendredi soir ou le premier jour des vacances ; apprendre des techniques de gestion du stress au quotidien limite ces chutes brutales de tension.
  • L'activité physique d'endurance régulière (marche rapide, vélo, natation), pratiquée en dehors des crises, a un effet préventif comparable à celui de certains médicaments dans quelques études.
  • La neurostimulation : des dispositifs externes de stimulation du nerf trijumeau ou du nerf vague existent, pour la crise ou la prévention, avec des résultats variables selon les patients.

Les facteurs déclenchants (sommeil irrégulier, jeûne, alcool, en particulier vin rouge et champagne, variations hormonales, odeurs fortes, lumières vives, changements de météo) diffèrent d'une personne à l'autre. Les éviter tous n'est ni possible ni souhaitable : il s'agit de repérer les deux ou trois qui reviennent vraiment chez soi.

Grossesse, enfant, règles : les situations particulières

Pendant la grossesse, la migraine s'améliore souvent, surtout à partir du deuxième trimestre, sauf la migraine avec aura qui peut persister. Le paracétamol reste le traitement de la crise de référence. Les AINS sont contre-indiqués à partir du début du sixième mois et déconseillés avant sans avis médical. L'utilisation d'un triptan, en particulier le sumatriptan sur lequel on dispose du plus de données, se discute avec le médecin. Tout traitement de fond doit être réévalué dès le projet de grossesse.

Chez l'enfant et l'adolescent, la migraine est fréquente et souvent plus courte que chez l'adulte, parfois avec des douleurs abdominales au premier plan. L'ibuprofène est le traitement de première intention de la crise, à la dose adaptée au poids. Certains triptans sont autorisés chez l'adolescent sous forme de spray nasal. Le repos et le sommeil jouent un rôle encore plus important.

La migraine menstruelle survient dans les deux jours qui précèdent les règles et les premiers jours de celles-ci, du fait de la chute des œstrogènes. Ces crises sont souvent plus longues et plus résistantes. Le médecin peut proposer un traitement court, pris quelques jours autour des règles (AINS ou triptan à demi-vie longue), quand le cycle est régulier. Chez une femme migraineuse avec aura, la pilule œstroprogestative est déconseillée en raison du risque d'accident vasculaire : le sujet doit être abordé avec le médecin ou la sage-femme.

Quand consulter un médecin, et quand appeler le 15 ?

Une première consultation s'impose pour poser le diagnostic de migraine, même si les crises paraissent typiques : c'est elle qui ouvre l'accès aux triptans et à un plan de traitement. Il faut ensuite reconsulter quand les crises deviennent plus fréquentes, quand le traitement de crise échoue une fois sur deux, quand les prises dépassent huit jours par mois ou quand les effets indésirables gênent. Le médecin traitant gère la grande majorité des situations ; le neurologue intervient pour les migraines sévères, chroniques ou atypiques. Pour un renouvellement ou une question simple, une téléconsultation avec un médecin peut suffire, mais pas pour un premier diagnostic ni un symptôme inhabituel.

Certaines situations relèvent de l'urgence et imposent d'appeler le 15 sans attendre :

  • un mal de tête brutal, intense d'emblée, maximal en quelques secondes (« en coup de tonnerre ») ;
  • une céphalée accompagnée de fièvre, de raideur de la nuque, de confusion ou de somnolence anormale ;
  • un déficit qui ne régresse pas : paralysie, trouble de la parole, perte de vision, aura qui dure plus d'une heure ;
  • une première céphalée de ce type après 50 ans, ou une douleur qui change nettement de caractère par rapport aux crises habituelles ;
  • un mal de tête après un traumatisme crânien.

Ces signes ne correspondent pas à une migraine habituelle et peuvent révéler un accident vasculaire, une hémorragie méningée ou une méningite. Ils ne se traitent jamais par un triptan pris à la maison.

Contraception, hormones et migraine chez la patiente

Les hormones jouent un rôle majeur dans la migraine de la femme : la maladie apparaît souvent à la puberté, s'aggrave parfois autour des règles, s'améliore généralement pendant la grossesse et évolue à la ménopause. Le choix d'une contraception fait donc partie de la prise en charge d'une patiente migraineuse, et il est nécessaire d'en parler au médecin, à la sage-femme ou au gynécologue avant de commencer ou de changer de pilule.

La règle de sécurité principale concerne la migraine avec aura : l'association d'une aura et d'une contraception œstroprogestative (pilule combinée, patch, anneau) augmente le risque d'accident vasculaire cérébral ischémique, surtout en cas de tabagisme. Chez ces patientes, les sociétés savantes recommandent une contraception sans œstrogène : pilule progestative, implant, dispositif intra-utérin hormonal ou au cuivre. Chez une femme migraineuse sans aura, une pilule combinée reste généralement possible, en surveillant l'évolution des crises dans les premiers mois d'utilisation et en tenant compte des autres facteurs de risque vasculaire.

Il existe également une forme de migraine liée à l'arrêt des hormones : la semaine sans comprimé d'une pilule combinée peut déclencher une migraine prévisible. Une prise en continu, sans interruption, est parfois proposée pour l'éviter. À la ménopause, la migraine s'atténue chez de nombreuses femmes, mais un traitement hormonal peut la raviver : chaque décision se prend au cas par cas, avec le dossier clinique en main.

Cet équilibre entre efficacité, tolérance et sécurité vaut aussi pour les traitements de fond : le topiramate réduit l'efficacité de certaines pilules et impose une contraception adaptée, et le valproate est exclu pour une patiente qui peut être enceinte. La liste des médicaments à éviter n'est donc jamais la même d'une personne à l'autre.

Vivre avec la migraine au travail et à la maison

La migraine est l'une des premières causes de handicap chez l'adulte jeune, selon l'Organisation mondiale de la santé, parce qu'elle frappe surtout entre 20 et 50 ans, à l'âge de la vie professionnelle et familiale. Au-delà des jours de migraine eux-mêmes, beaucoup de migraineux décrivent une anxiété d'anticipation : peur de la prochaine migraine, renoncement à des projets, organisation de la semaine autour du risque. Cette dimension mérite d'être évoquée avec le médecin, car elle pèse sur la qualité de vie autant que la douleur.

Quelques mesures simples limitent le retentissement de la migraine au quotidien :

  • garder sur soi, au travail, dans la voiture et en voyage, le traitement prescrit, pour pouvoir l'utiliser sans perdre de temps ;
  • expliquer la maladie à l'entourage et à l'employeur : la migraine est une maladie neurologique reconnue, pas un simple mal de tête, et un aménagement (lumière moins vive, pauses, télétravail ponctuel) se discute parfois avec la médecine du travail ;
  • éviter de multiplier les écrans en fin de migraine, période où le cerveau reste sensible à la lumière ;
  • se rapprocher d'une association de patients migraineux, qui diffuse une information fiable et des conseils pratiques entre migraineux.

Une migraine qui retentit fortement sur la vie quotidienne, même avec peu de jours par mois, justifie à elle seule de reparler du traitement avec un professionnel de santé : le nombre de jours de migraine n'est pas le seul critère.

Tenir un carnet de migraine pour ajuster son traitement

Le carnet (papier ou application) est l'outil le plus utile de la consultation de migraine. Il permet de compter les jours de migraine par mois, ce qui décide de l'indication d'un traitement de fond, de vérifier le nombre de jours de prise de médicaments et donc le risque d'abus, et de juger objectivement l'effet d'un traitement après deux ou trois mois.

Pour chaque crise, noter :

  1. la date, l'heure de début et la durée ;
  2. l'intensité de la douleur (légère, modérée, sévère) et les symptômes associés (nausées, aura) ;
  3. le médicament pris, l'heure de la prise et le résultat deux heures après ;
  4. les facteurs déclenchants possibles (nuit courte, repas sauté, règles, alcool, stress) ;
  5. le retentissement : journée de travail perdue, activité annulée.

Apporter ce carnet couvrant au moins un ou deux mois à chaque rendez-vous permet au médecin de prendre une décision fondée sur des faits plutôt que sur des souvenirs, toujours imprécis quand on souffre de migraine.

Crise de migraine qui résiste : les cas qui posent question

Que faire si le triptan ne soulage pas la crise ?

Ne pas reprendre une seconde dose du même triptan pour la même crise : elle ne sera pas plus efficace. Il faut d'abord vérifier que le triptan a été pris au début de la douleur et non en fin de crise. Si l'échec se répète sur trois crises bien traitées, le médecin peut proposer un autre triptan, une autre forme (spray nasal ou injection), ou l'association d'un triptan et d'un anti-inflammatoire.

Combien de jours par mois peut-on prendre un traitement de crise ?

Pour limiter le risque de céphalée par abus médicamenteux, il est conseillé de ne pas dépasser 8 jours de prise par mois, tous médicaments de crise confondus. Au-delà, la question d'un traitement de fond se pose avec le médecin.

Comment soulager une migraine rapidement sans médicament ?

Se mettre au calme dans l'obscurité, appliquer du froid sur le front ou la nuque, boire de l'eau et, si possible, dormir un moment. Ces mesures aident mais suffisent rarement pour une crise sévère : elles complètent le traitement de la crise sans le remplacer.

Le traitement de fond guérit-il la migraine ?

Non, il réduit la fréquence et l'intensité des crises sans guérir la maladie. L'objectif est une baisse d'au moins 50 % des jours de migraine, jugée après deux à trois mois de traitement à dose efficace.

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